Le stockage énergétique domestique s’est largement démocratisé ces dernières années, notamment grâce aux solutions plug-and-play. Mais alors que les batteries sont devenues plus accessibles, une nouvelle évolution se prépare autour de l’intelligence artificielle et de la gestion de l’énergie. À l’occasion de l’IFA 2026 de Berlin, nous avons pu échanger avec Jolene Shang, Chief Marketing Officer de Zendure, sur l’avenir du stockage, la rentabilité des batteries et les ambitions de la marque. Et certaines de ses réponses sont plutôt intéressantes !
Zendure, du stockage portable à la maison connectée
Zendure a été fondé en 2017 et s’est d’abord spécialisé dans les stations d’énergie portables. C’est finalement en 2022 que la marque a commencé à s’intéresser plus largement au stockage domestique, notamment avec le développement des panneaux solaires de balcon en Allemagne.
Jolene Shang, qui a rejoint Zendure la même année, nous explique que cette évolution du marché a poussé le fabricant à réorienter son activité vers l’Europe.
Aujourd’hui, Zendure souhaite aller plus loin que la simple commercialisation de batteries. L’idée est de proposer un ensemble de solutions capables de gérer l’énergie de la maison, aussi bien la production photovoltaïque que le stockage et la consommation des différents équipements. Mais cette évolution arrive à un moment particulier pour le marché, puisque la baisse des prix des batteries pourrait prochainement toucher à sa fin.
Les prix des batteries pourraient augmenter dès 2027
Nous avons connu plusieurs années de baisse des prix dans le stockage énergétique, avec des solutions de plus en plus abordables. Nous avons donc demandé à Jolene Shang si cette tendance allait continuer, notamment avec l’arrivée de nouvelles technologies ou des volumes de production toujours plus importants.
Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, elle anticipe une légère hausse des prix en 2027. Deux raisons principales expliqueraient cette évolution. Tout d’abord, des tensions sur l’approvisionnement en cellules de batteries, qui pourraient augmenter les coûts de fabrication. Mais également une évolution de la fiscalité chinoise prévue à la fin de l’année 2026.
Selon Jolene Shang, la baisse des prix pourrait donc s’arrêter au plus tard au premier trimestre 2027. Elle ne prévoit pas pour autant une augmentation importante, mais plutôt une légère remontée des tarifs. La responsable rappelle également que les diminutions observées ces dernières années sont en grande partie liées à la concurrence et à la maturation du marché. Bien évidemment, il s’agit ici d’une anticipation de Zendure et non d’une hausse déjà confirmée.
En revanche, cela nous amène à une autre question : si les batteries ne deviennent plus vraiment moins chères, où trouver les prochains gains de rentabilité ?
L’intelligence artificielle pourrait faire la différence
C’est justement l’une des questions que nous avons posées à Jolene Shang. Est-ce que les prochaines évolutions ne vont pas davantage se faire sur l’intelligence des systèmes plutôt que sur le prix ou la capacité des batteries ?
Pour Zendure, c’est clairement la direction que prend le marché. Aujourd’hui, une batterie domestique permet principalement de stocker le surplus photovoltaïque afin de l’utiliser lorsque les panneaux ne produisent plus suffisamment. L’objectif étant d’augmenter son autoconsommation et de réduire les achats d’électricité sur le réseau. Mais les usages évoluent, et les consommateurs souhaitent désormais des solutions capables d’optimiser automatiquement leur consommation. C’est là qu’intervient l’Agentic HEMS présenté par Zendure à l’IFA 2026.
Derrière cette appellation se cache un système de gestion énergétique qui utilise l’intelligence artificielle pour anticiper les besoins du logement. Pour cela, plusieurs paramètres sont pris en compte, notamment les prévisions météorologiques, les habitudes de consommation et les tarifs dynamiques de l’électricité. L’objectif est assez simple : déterminer les meilleurs moments pour charger ou décharger les batteries, afin de limiter au maximum les dépenses énergétiques. Par exemple, plutôt que de décharger systématiquement la batterie pendant la nuit, le système pourrait décider de conserver une partie de l’énergie s’il anticipe une période plus coûteuse le lendemain. À l’inverse, il pourrait profiter d’un tarif particulièrement faible pour recharger depuis le réseau.
Zendure annonce un gain d’efficacité supérieur à 70 % par rapport aux modes de gestion traditionnels. Précisons néanmoins qu’il s’agit d’une valeur issue des essais internes réalisés en laboratoire par le fabricant. Nous n’avons donc pas pu vérifier ce chiffre en conditions réelles.
Et c’est justement ce qui sera intéressant à observer dans les prochaines années : est-ce que cette intelligence permettra réellement de diminuer significativement les factures, ou les gains resteront-ils relativement limités selon les installations ?
La transparence, un point important
L’intelligence artificielle, c’est bien, mais encore faut-il comprendre ce qu’elle fait. Jolene Shang insiste justement sur cette question, notamment auprès des consommateurs français qui seraient particulièrement attentifs aux problématiques de cybersécurité et à la transparence des systèmes.
Zendure souhaite ainsi permettre aux utilisateurs de comprendre les décisions prises par son intelligence artificielle. Pourquoi la batterie a-t-elle été rechargée à un moment plutôt qu’à un autre ? Pourquoi conserver de l’énergie plutôt que de l’utiliser immédiatement ? Quels sont les gains attendus ? Autant de questions auxquelles le système devra pouvoir répondre.
Un point intéressant, car il serait dommage de disposer d’une installation intelligente sans réellement comprendre son fonctionnement. L’intelligence artificielle pourrait également servir à détecter certains dysfonctionnements et à faciliter leur résolution. En revanche, il faudra voir en pratique le niveau de transparence proposé, mais également la possibilité de reprendre la main sur les décisions du système.
Zendure veut gérer toute l’énergie de la maison
Avec PowerHub et ZEN+ HOME, Zendure ne souhaite plus être uniquement un fabricant de batteries solaires. Nous avons donc demandé à Jolene Shang si l’ambition était finalement de devenir une sorte de système d’exploitation énergétique de la maison.
La réponse est assez claire : Zendure souhaite devenir un acteur central de la gestion énergétique domestique. Cela passe évidemment par les batteries et les panneaux photovoltaïques, mais également par les autres équipements consommateurs d’électricité.
Jolene Shang évoque notamment les pompes à chaleur et les véhicules électriques, qui peuvent représenter une consommation importante dans un foyer. L’intérêt serait de pouvoir gérer ces équipements depuis un même écosystème, afin d’optimiser leur fonctionnement selon la production solaire, le stockage disponible et les tarifs de l’électricité. La marque souhaite également conserver un écosystème ouvert, permettant de communiquer avec des équipements tiers.
C’est un point particulièrement important, puisque les utilisateurs possèdent généralement des appareils de plusieurs fabricants. Zendure compte ainsi poursuivre son développement dans deux directions. D’un côté, les batteries plug-and-play, faciles à installer et accessibles au plus grand nombre. De l’autre, des solutions destinées aux installations photovoltaïques existantes, notamment les panneaux installés sur les toitures. Mais le fabricant souhaite également aller plus loin avec les services énergétiques.
En Allemagne, Zendure propose déjà ZenWave, une offre d’électricité à tarification dynamique. La marque souhaite développer davantage ce type de services en France, notamment à travers des partenariats.
L’idée est donc de ne plus simplement vendre une batterie, mais d’accompagner l’utilisateur dans la gestion complète de son énergie.
Le V2H, une menace pour les batteries domestiques ?
Avec l’essor des véhicules électriques, nous avons également voulu aborder un sujet qui pourrait devenir important pour les fabricants de batteries domestiques : le V2H.
Pour rappel, le Vehicle-to-Home permet d’utiliser la batterie d’une voiture électrique pour alimenter son logement. Le V2G, ou Vehicle-to-Grid, permet quant à lui de réinjecter de l’énergie vers le réseau.
Quand on sait qu’un véhicule électrique embarque généralement une batterie de plusieurs dizaines de kWh, on peut légitimement se demander quel sera l’intérêt d’acheter une batterie domestique supplémentaire. Nous avons donc interrogé Jolene Shang sur cette évolution et sur le risque qu’elle pourrait représenter pour Zendure. Sur le papier, elle reconnaît que l’idée est intéressante. En revanche, elle reste assez réservée concernant son intérêt économique actuel.
Tout d’abord, il faut disposer d’un véhicule et d’une installation compatibles, avec une infrastructure de recharge adaptée. Ce qui n’est pas forcément évident, notamment lorsqu’on habite en appartement. Ensuite, il faut prendre en compte le coût de l’électricité stockée dans la voiture. Celle-ci a généralement été achetée sur le réseau, contrairement à une batterie domestique qui peut conserver le surplus de production photovoltaïque. Bien évidemment, l’énergie solaire n’est pas totalement gratuite puisqu’il faut amortir l’installation, mais l’intérêt économique reste différent.
Jolene Shang estime que le V2H pourrait devenir plus intéressant avec le développement des tarifs dynamiques, notamment lorsqu’il sera possible de recharger sa voiture à des prix très faibles, voire négatifs.
En revanche, elle ne s’attend pas à une démocratisation importante de cet usage dans les trois prochaines années. Pour le moment, le V2H ne semble donc pas représenter une menace immédiate pour le stockage domestique traditionnel. Concernant une éventuelle intégration du V2H ou du V2G dans l’écosystème Zendure, aucun calendrier précis n’a été confirmé pendant notre échange.
Bientôt des batteries sans panneaux solaires ?
C’est l’une des perspectives les plus intéressantes abordées avec Jolene Shang. Aujourd’hui, lorsqu’on achète une batterie domestique, c’est généralement pour l’associer à des panneaux photovoltaïques. Mais cela pourrait bien changer dans les prochaines années.
Selon elle, les batteries pourraient devenir intéressantes même sans disposer d’une installation solaire.La raison ? Le développement des tarifs dynamiques de l’électricité. Le principe serait de profiter des périodes où le prix de l’électricité est particulièrement bas, voire négatif, pour charger sa batterie depuis le réseau. Il suffirait ensuite d’utiliser l’énergie stockée pendant les périodes où l’électricité est plus chère.
Dans ce scénario, l’intelligence artificielle pourrait automatiquement gérer la recharge et la décharge en fonction des prévisions tarifaires. Jolene Shang imagine que cette évolution pourrait intervenir dans les deux à trois prochaines années. Cela permettrait notamment aux personnes vivant en appartement d’envisager l’utilisation d’une batterie domestique, sans nécessairement installer de panneaux photovoltaïques.
En revanche, attention à la rentabilité. Une batterie représente toujours un investissement et chaque cycle entraîne des pertes énergétiques, ainsi qu’une usure progressive. Il faudra donc que les différences de prix de l’électricité soient suffisamment importantes pour compenser ces coûts. C’est d’ailleurs un point reconnu par Jolene Shang, qui précise que le retour sur investissement devra être calculé.
Mais cette évolution pourrait complètement changer notre manière d’utiliser les batteries domestiques, qui ne seraient plus uniquement destinées au stockage solaire.
Et dans cinq ans ?
Pour terminer notre interview, nous avons demandé à Jolene Shang ce qu’elle imaginait comme principale évolution du stockage résidentiel dans les cinq prochaines années. Des batteries moins chères ? Une meilleure densité énergétique ? De nouvelles chimies ? Ou encore une durée de vie plus importante ? Sa réponse est finalement assez différente.
Plutôt que de se concentrer sur les caractéristiques techniques, elle imagine surtout une évolution des usages. La première concerne la rentabilité. Les batteries ne seraient plus simplement considérées comme un moyen de stocker une production photovoltaïque, mais comme un équipement permettant de mieux gérer les fluctuations du prix de l’électricité.
La seconde concerne la polyvalence. Aujourd’hui, nous avons généralement des batteries différentes selon les usages : des stations portables pour les activités extérieures, des systèmes de stockage pour les panneaux solaires de balcon et des batteries stationnaires pour la maison.
Jolene Shang imagine que ces différentes catégories pourraient progressivement se rapprocher. Une même solution pourrait par exemple servir à alimenter des équipements à l’extérieur, assurer une alimentation de secours lors d’une coupure de courant ou participer quotidiennement à la gestion énergétique du logement.
Les batteries pourraient alors devenir des produits électroniques grand public, beaucoup plus polyvalents et accessibles. Précisons tout de même que Jolene Shang présente ici sa vision personnelle de l’avenir du marché, et non une annonce officielle concernant les futurs produits Zendure.
Conclusion
Zendure souhaite clairement dépasser son activité historique de fabricant de batteries pour devenir un acteur plus global de la gestion énergétique domestique. L’intelligence artificielle devrait prendre une place de plus en plus importante, notamment pour optimiser la consommation et améliorer la rentabilité des installations.
La possible hausse des prix des batteries en 2027 pourrait d’ailleurs renforcer l’intérêt de ces optimisations logicielles. Nous retiendrons surtout deux éléments de cet échange : l’arrivée possible de batteries domestiques sans panneaux solaires et la place que pourraient prendre les véhicules électriques dans le stockage de l’énergie. En revanche, il faudra encore attendre pour vérifier les gains réels apportés par l’intelligence artificielle et observer l’évolution des tarifs dynamiques en France.
Une chose est sûre, les prochaines évolutions du stockage énergétique ne concerneront pas uniquement les batteries elles-mêmes, mais également toute l’intelligence qui les accompagne.
Nous remercions Jolene Shang et les équipes Zendure pour leur disponibilité lors de l’IFA 2026 de Berlin.


